mercredi 9 décembre 2009

Si j'achetais des chaussures pointues

Nous le nommerons A. Son souhait le plus cher depuis sa divine enfance était sûrement d'être "comme papa". Aujourd'hui, il s'est quasiment réalisé, dans sa tête du moins (c'est le plus important, et le plus intéressant).
Il a du y passer du temps (et de l'argent). Mais ça se mérite d'être un daron bordel, même à 18 ans. Car oui, il ne préfère pas perdre de temps. En ce sens, il appartiendra plus vite à cette engeance de raclures n'ayant comme seul but que ce qu'on leur a toujours appris comme leur permettant de ne pas rester les éternels fils de riches pas racistes mais faut bien dire qu'ils profitent assez de notre pays pour s'acheter des clopes, merde, mais par exemple tu vois ça veut rien dire j'adore Obama : le prestige. Aaaah. C'est bien pour ça qu'ils font du droit.
Et le prestige de ce genre de vermine, ça s'achète : retenons quelques points caractéristiques.
Tout d'abord, l'apparence :
-Allons de haut en bas, et donc commençons par pour certains le plus intéressant : les cheveux. L'être humain a découvert depuis quelques années une coiffure formidable, réalisable sur n'importe quelle personne : nous l'appellerons communément la mèche. Le principe est simple : avoir l'air rebelle(un peu mal coiffé), et unique en son genre. Nous en tirerons deux conclusions : il faut passer un certain dans sa tête pour faire tenir les cheveux de cette façon et par ailleurs elle n'a plus qu'une connotation d'enfant bien sage ; si tu portes cette coiffure, tous tes amis aussi (et les autres te considèrent à raison dès le premier regard comme un fils de bourgeois complexé).
Cette coiffure quelque peu alternative (qui ne méritait pas tant de lignes mais comprends moi je me fais chier) peut être remplacée à votre bon plaisir par une coupe courte raie sur le côté pour les plus vieux jeu d'entre nous.
-l'individu peut porter des lunettes à très grosses montures (la marque tu la connais, ne ment pas, elle dispose d'un monopole chez les gros cons) rappelant...attends... ah oui si, grand-père!
-Des courtes pattes-daron entre les boutons d'acné pour souligner l'anachronisme latent.
-Ensuite les sujets peuvent varier, mais comprenons bien que les spécimens les plus intéressants sont les plus poussés. Par la même, je vous propose bien sûr une chemise blanche doublée d'un petit gilet de laine sans manches cachant une cravate de mise en toute circonstance, et ensuite dans un élan de surjeu nous garantissant un sourire quotidien (pouvant à la longue terminer en grande tristesse ou même en haine pure, c'est selon) un grand pardessus très holmesien descendant jusqu'aux chevilles dans une escalade d'incrédibilité. On peut aussi ici évoquer les protège-coudes, toujours classe.
-une grosse montre qui brille-mais-pas-trop (pour bien garder l'aspect sagesse-cuir)que papa m'a offert pour mes 18 ans parce que je suis un grand maintenant.
-un pantalon noir ou velours, ou de costard quand le trois pièces est de sortie, bien haut avec une belle ceinture en cuir derrière laquelle se fourre d'effroi la chemise susnommée.
-Et là nous en arrivons-en oubliant les fines chaussettes bleues à carreaux- à ce qui nous permet vraiment de parler d'art, doublé d'une hypocrisie et d'un surjeu à toute épreuve : les chaussures. Là par contre ce n'est plus de la rigolade, des chemises blanches ou autres ceintures de cuir encore admissibles chez un mec qu'avait plus que ça à mettre. Là on arrive à la sérieuse mouille du mec, le mec inexcusable, même dix ans après. Commençons par le plus soft : les mocassins. Le principe est simple, le mec vient en cours, et en fait à l'endroit où il y a normalement des chaussures il y a tout simplement des mocassins. Oui oui, des trucs en cuir carrés au bout, que t'enfiles, à l'aise. Attends. Ensuite, on va continuer doucement, arrivent les chaussures-bateaux. Alors évidemment tu me diras "mais pas les trucs que les darons ils mettent là avec les petits lacets et la couronne de coutures". Et moi de te répondre mais bien sûr que si. Mais ne t'inquiète pas, moi aussi je croyais que les vendeurs refusaient de les vendre au moins de 50 ans pour cause de maintien de l'ordre public, mais eux ils y arrivent, c'est fou. Ensuite, on attaque un cas bien plus généralisé le rendant bien plus grave que les autres : les chaussures pointues. Il faut savoir que tout ça est très récent, que à l'instar de la grippe A ou quelconque pandémie ce genre de fléau circule très vite. Elles peuvent être marrons clair, blanches, noir brillantes. Et une bonne moitié des étudiants de ma fac en ont, sans exagération. Oui oui, genre la chaussure continue en pointe alors que ton pied s'arrête avant, me demande pas ce que j'en sais j'ai toujours pas compris.
Évoquons ensuite les différents autres critères d'intégration à ces groupes répandus et très peu étudiés. En effet on constate plus globalement que ces individus s'inscrivent dans une génération de faces de brie pouvant être étendue à la gente féminine (mes connaissances ne s'y aventurent pas) mais surtout comprenant de nombreuses valeurs simples à retenir
-être high-tech : l'iPhone est un must. L'ordi assez aussi (oui, ils l'achètent souvent pour pouvoir porter une malette). Si pas d'iPhone, iPod obligatoire sans exception, signé par les parents.
-les fast-food font leur retour à la mode : MacDo se maintient, il y a une énorme montée en puissance des KFC, et il s'exerce également une généralisation des Starbucks (tout ceci dans une spirale mondialisante que nous n'évoqueront pas ici). Il faut d'ailleurs savoir sur ce point que le prix n'est pas un problème, et ce également pour toutes les notions évoquées ici. Plus étonnant, la qualité non plus! Le fils de riche est prêt à manger de la merde, on s'en fout ça a du prestige(récent). Bien loin l'attirance pour les restaus de luxe (et encore que, il y a encore des choses à dire dessus).
-Ce phénomène est principalement urbain, et par là même l'individu développe une certaine ignorance par rapport au reste (que ce soit le monde rural ou l'étranger... ils se valent). Cependant, ils ne rechignent pas à avoir un avis sur bon nombre de choses qui se passent dans le monde, et ce de manière à laisser croire qu'ils détiennent un avis réellement particulier et indépendant.
J'oubliais : c'est à se demander s'ils vont bientôt chez le coiffeur demander une calvitie.

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